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Les manuels d'alphabétisation. Projet inachevé.

 Abdelghafour Bakkali

 

"Il y a aussi la question de la lecture. Nous lisons de deux manières : le mot nouveau ou inconnu est épelé lettre après lettre; mais le mot usuel et familier s'embrasse d'un seul coup d'œil, indépendamment des lettres qui le composent; l'image de ce mot acquiert pour nous une valeur idéographique."
Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1965, p. 57.
 
 
 
 

 A la suite de la mise en œuvre des manuels d'alphabétisation Lecture pour tous que nous avons exposés dans le précédent article, nous allons maintenant présenter les manuels élaborés à cette même fin en 1998 au moment où la lutte contre l'analphabétisme et l'exclusion sociale connaissait un essor considérable. L'Etat n'avait plus l'intention de cumuler seul cette charge qui semblait freiner tout développement, mais invitait les ONG à jouer un rôle important dans cette campagne d'alphabétisation. On voulait à tout prix mettre fin, mais de manière rationnelle et progressive, à ce fléau qui menace toutes les structures d'un Etat moderne. Le partenariat Etat/ONG pourrait contribuer efficacement à atténuer ce dysfonctionnement. Ce sont surtout les agents qui œuvrent dans le domaine de l'éducation des adultes dans le cadre de l'enseignement non formel, en l'occurrence, ceux du secteur économique (entreprises, associations des industriels, organismes de la formation professionnelle et de l'emploi, etc.) devraient prendre aussi leur responsabilité dans la lutte contre cette exclusion. Il s'agit en fait non pas seulement de participer à cette sociale et économique, mais d'avoir les outils pour évaluer le degré d'intégration des apprenants bénéficiaires de cette formation à la connaissance du savoir de base dans le milieu professionnel.

 

Les alphabétisés, abandonnant prématurément les cours d'alphabétisation ou encore ne sont pas suffisamment fidélisés à leur propre formation, restent en deçà des objectifs d'apprentissage et n'arrivent guère à maîtriser les connaissances de base. N'ayant été motivés que partiellement, ni profité pleinement des activités qu'on leur a présentées, ils préfèrent mettre fin au cycle de leur formation. Les manuels 2 et 3, conçus à cette effet, ne sont abordés que par une infime minorité, celle qui, pour une raison ou une autre, s'attache avec ardeur à la maîtrise des compétences de base.

 

Notons aussi que, dans un esprit de rénovation, le Ministère du Développement social, de la Solidarité, du Travail et de la Formation professionnelle, a mis en 1998 à la disposition des acteurs d'alphabétisation des outils pédagogiques nouveaux, outils, s'ils sont utilisés fonctionnellement, contribueront à une meilleure formation. Trois manuels, de grand format, ont vu le jour, et constituent, à bien des égards, une nouveauté dans l'approche de ce phénomène d'une complexité étonnante. On s'est inspiré, semble-t-il,  des approches communicatives. On ne visait plus une alphabétisation pour la seule alphabétisation de la population cible, mais on cherchait sciemment à inculquer à l'alphabétisé les principaux fondements de la vie sociale, et à lui permettre par ailleurs de se qualifier dans le domaine professionnel. Ces manuels, présentés sous forme modulaire, prévoient des objectifs, un volume horaire, un contenu, des procédés d'utilisation, des modalités d'évaluation. La population concernée y est nettement précisée.

 

Le tome 1 (jaune) est un module qui a pour objectif essentiel la mise en place des compétences de base en lecture, écriture et calcul. La durée de l'exécution de cette unité modulaire s'étend sur 10 semaines de 3 séances chacune, soit 30 séances. 

Le contenu du tome 2 (bleu), consacré à la citoyenneté et à la fixation du pré-requis en compétences de base, s'étend sur une durée de 4 semaines de 3 séances chacune, au total 12 séances. 

Le tome 3 (rose) enfin s'occupe de l'hygiène et de l'éducation sanitaire. Il a aussi pour visée le renforcement de l'acquis en  alphabétisation. Il se compose également de 4 semaines de 3 séances/ hebdomadaire, soit 12 séances.

 

Pour tout le cursus d'alphabétisation, c'est-à-dire 200 heures, on déduit que chaque séance aura un volume horaire de 4 h environ (on a 54 séances au total). Mais cette répartition aura un caractère plus opérationnel si l'on accorde, à titre indicatif, 140 h pour l'alphabétisation proprement dite, soit 14 heures/ hebdomadaire, environ 3 heures par jour. Pour les modules 2 et 3, on aura 60 heures. Le temps prévu pour cet effet paraît insuffisant du moment qu'une formation adéquate nécessite un volume horaire plus substantiel.

 

Les acteurs d'alphabétisation, élus dans les différents ONG, ont prévu, dans le cadre de cette opération de nature sociale et économique, une formation fonctionnelle des alphabétiseurs. Cette formation permettrait l'usage approprié des moyens pédagogiques dans le domaine de l'enseignement des adultes. Le public ciblé doit être pris comme tel : l'apprentissage concerne donc une population d'adultes et non des enfants auxquels on consacre une approche différente de celle qu'on admet pour le public qui nous intéresse L'andragogie qui s'adresse à la fois à des hommes et des femmes est sciemment sollicité. Les alphabétiseurs doivent être initiés, lors de leur formation, à cette pratique. De même, la formation mettra pertinemment l'accent sur l'initiation à la psychologie sociale. Parce que la réussite d'un projet n'est pas seulement l'affaire des supports didactiques, mais aussi et surtout le type de formation qu'on adresse aux alphabétiseurs. Mais cette entreprise intéressante n'a pu, à ma connaissance, être évaluée et enrichie par un apport relevé lors de la mise en œuvre. L'alphabétisation semble sombrer dans la monotonie. Seules les femmes, surtout d'un âge avancé, qui s'attellent à cette action.

 



14/03/2013
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