LEXICARABIA

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L'analphabétisme générateur de méfaits sociaux 2/2

2/2

 

Abdelghafour Bakkali

 

« Un peuple analphabète, sans écriture, sans mémoire, est un peuple qui n'a pas d'histoire. »

Jean-Marie Adiaffi, La Carte d'identité,  Hatier, 1995



 

 

Après avoir mis l'accent sur des données statistiques dans 1/2, nous continuons dans le présent article de présenter l'état des lieux concernant la population ciblée par l'approche fonctionnelle que nous tendons à mettre en œuvre pour pouvoir atténuer les conséquences fâcheuses qui menacent à la fois la stabilité sociale et protège la jeunesse contre d'éventuels mais imminents dérapages. Les données statistiques, quoique relativement anciennes, sont parlantes à ce sujet. Les problèmes inhérents à ce phénomène inquiétants s'aggravent et ne semblent, à moyen terme, trouver une issue salvatrice malgré le « Printemps arabe » et un gouvernement élu par le peuple e qui n'arrive malheureusement pas à concrétiser sa politique vue les nombreuses embûches que certains réactionnaires mettent dans les roues du changement tant attendu par les Marocains .

 

Notons que ces estimations statistiques nous conduisent nécessairement à situer ce groupe d'âges dans le contexte démographique global. La population de la province de Tanger s'élève, selon le dernier recensement du 22 septembre 1994 à 629 991 habitants dont 315 348 hommes et 314 648 femmes. Les communes et les centres urbains regroupent 83,8% (526 215 habitants), alors que les communes rurales comptent 101 748 habitants (Tableau 10). Ce qui explique, comme nous allons le souligner infra, l'exode rural incontrôlé. Cette répartition démographique se présente ainsi :

 

Hommes

Femmes

Urbain

Rural

315 348

314 648

526 215

101 748

Total : 629 991

 

Pour que ce précise davantage la gravité de l'analphabétisme qui touche une partie importante de la population, en l'occurrence les familles pauvres, nous allons voir, en premier lieu, comment se répartit ce phénomène parmi la population de 10 ans et plus, ensuite 10 - 59 ans[1] (Tableau 10). Concernant le premier groupe d'âges qui constitue 75,98% avec un total de 478 678 habitants répartis de manière disproportionnée dans les centres urbains (405 960) et les communes rurales (72 718), l'analphabétisme est de 50% environ.

 

 Cette tranche d'âges (10 et plus), compte en effet, d'après ledit recensement, 204 000 analphabètes, avec un taux de 42,7% (taux avancé par les instances officielles), soit 70 000 hommes et 134 000 femmes. Le nombre des analphabètes est estimé dans les centres urbains et périurbains à 153 000 dont 49 000 hommes et 105 000 femmes. Dans le milieu rural, le problème est similaire : on compte 51 000 analphabètes, soit 21 000 hommes et 29 000 femmes.

 

Groupe d'âges

Analphabètes

Agglomération urbaine

Agglomération rurale

10 ans et plus

204 000

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

70 000

134 000

21 000

29 000

 

  

Graphique 3 de la population analphabète (écart hommes/femmes)

 

En ce qui concerne l'autre groupe d'âges (10-59ans), on atteint 438 387 habitants dont 219 442 hommes et 218 945 femmes (Tableau 10). Une population estimée à 373 159 (185 254 hommes et 187 905 femmes) vit dans les communes et centres urbains, alors que 65 228 résident dans les communes rurales (34 188 hommes et 31 040 femmes). On compte environ parmi cette population, cible privilégiée des actions alphabétisantes, 187 000 analphabètes, soit 91,67% de la population analphabète. Notons que 141 000 résident dans le milieu urbain (45 000 hommes et   96 000  femmes)  et 46 000    dans   l'agglomération   rurale

 

 

  

Graphique 4 de la population analphabète dans le contexte global démographique

de la province de Tanger :

 

(19 000 hommes et 27 000 femmes). On a le tableau suivant :

 

Groupe d'âges

Analphabètes

Agglomération urbaine

Agglomération rurale

10-59 ans

187 000

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

45 000

96 000

19 000

27 000

 

 

 

Graphique 5 de la population analphabète (10-53 ans) dans les agglomérations urbaine et rurale :

 

 

 

Graphique 6 de la population analphabète (10-59 ans) : gap hommes / femmes

 

Notons par ailleurs que de nombreux quartiers ont essaimé depuis le recensement précité. Et à la suite de la sécheresse qui a frappé le Maroc en 1995 et qui a, par conséquent, engendré un important exode vers le nord[2] – commencé bien avant-, plus particulièrement vers Tanger, une ceinture de quartiers à habitat sauvage incontrôlable, à population démunie et sans instruction prolifèrent et freinent toute possibilité de développement  infrastructurel, social et économique.  Cet habitat clandestin en dur, commencée dès les années 70, s'accentue et couvre, dans une anarchie cahotante, un total de 316 ha de l'agglomération de Tanger avec 180 000 habitants et une densité de 572 hab./km2 (cf. Etablissement de diagnostic de la pauvreté urbaine et périurbaine à Tanger, juin 1998, p. 10 : désormais Le Diagnostic). Le bidonville complique davantage la situation du moment qu'il envahit 35 ha, soit à peu près 2% de la population agglomérée (Le Diagnostic, p. 10). Les  7310 habitants répartis dans trois principaux bidonvilles de la wilaya, à savoir 4750 habitants au bidonville «Saddam » (ayant connu une grande extension pendant la guerre du Golfe), «Hawmat N'sara »(« Quartier des Chrétiens ») et ses 2250 habitants, et enfin «Al-Hafa » (« Le Rocher ») avec 310 habitants. (ibid. p. 11 sq.), plongent dans les ténèbres des difficultés d'ordre culturel, socio-économique et éducatif. Le problème se complique davantage avec la création de zones industrielles qui attirent une population de plus en plus diversifiée et nécessiteuse dune éducation pour qu'elle puisse s'intégrer sans dommage dans le tissu socioculturel de la ville menacée par cette ce cosmopolitisme exacerbant. La construction du Port Med et la prolifération de bâtiments sauvages et incontrôlables donnent finalement un coup de grâce à la stabilité de la ville du Détroit et enfonce ses habitants dans un le désarroi et la peur de perdre les derniers remparts de son harmonie sociale et coutumier. Ce dysfonctionnement s'aggrave de plus en plus en plus mai le pullulement des vendeurs ambulants venus de tous les coins du Maroc pour se faire une vie à leur façon. Ainsi, les ordures jonchent-elles les rues de la ville et des haut-le cœur exaspèrent et corrompent l'habitabilté de ces lieux nauséabonds. Conséquemment, les quartiers périphériques sont autant de menaces pour la sécurité de la société.

 

       Dans ces quartiers délabrés qui poussent comme des champignons malsains, la majorité de la population est jeune. Les garçons, n'ayant pas été scolarisés pour de multiples raisons, se livrent à différentes activités de nature lucrative (vendre de petits objets dans les rues de la ville, stations d'autobus, aux marchés…), se livrent à la mendicité ou le plus souvent  agressent les passants. Ils constituent des bandes sous l'appellation scandaleuse de « chmakria », c'est-à-dire « drogués ». Les filles, subissant la pauvreté d'une manière plus aiguë, travaillent particulièrement dans le secteur industriel ou se livrent carrément à la prostitution.  L'argent recueilli par les uns et les autres va généralement dans la poche du «pater familias » égoïste et ignorant, mais qui lui aussi, écrasé lui par la dureté de l'existence, se fixe pour seul objectif de se libérer totalement du poids du loyer et de construire sa propre demeure, sa propre baraque lorsqu'une opportunité quelconque se présente (guerre, grève, soulèvement, et même vote). C'est justement dans ces quartiers que l'action d'alphabétisation aura le plus d'impact sur une population qui n'a pas les moyens - ou plutôt le temps - pour l'éducation qu'offrent insuffisamment différentes institutions publiques ou associatives.  Cette action projette, en premier chef, le freinage, à moyen terme, de ce flux de jeunes qui n'accèdent pas à l'école[3] et qui constituent une «menace » permanente contre une société cosmopolite et instable. Focaliser donc toute l'attention sur ces quartiers est impératif si l'on veut éviter le désagrément que cause une population analphabète et pauvre.



[1] Le choix de ce groupe d'âges constitue évidemment le terrain privilégié des actions d'alphabétisation. Cette tranche d'âges constitue la population potentielle de ces opérations de lutte contre l'analphabétisme. 

[2] Cet exode s'accentue par la récente construction du Port Med et des usines multinationales vers lesquels afflue une population de plus en plus nombreuse et qui se dispersent dans les différentes régions de la ville de Tanger. Des investissements apparemment incontrôlés dans le secteur de l'habitat économique qui est eu égard une forme du bidonville. La végétation, ayant caractérisé le Nord, est réduite en miettes par ces monstres de l'habitat sauvage. 

[3] D'après les Estimations de l'Enquête Nationale sur la Famille (CERED, 1995), la scolarisation ne concerne que 50% dans les quartiers défavorisés.



16/09/2012
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