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La fonction anecdotique en biographie 2/3

 

Abdelghafour Bakkali

 

[…] le dessin est propre à représenter un combat ou une chevauché. Mais dès qu’il s’agit de représenter des scènes où les sentiments et les passions sont le principal, le dessin en reste à l’anecdote. J’entends par anecdote un récit qui est au roman véritable ce que le lieu commun est à l’idée, et qui subordonne les personnages aux circonstances.
Alain, Systèmes des beaux-arts, 1920, p.291292

 

 

      A la suite de l’article précédent sur la fonction anecdotique en biographie, nous allons présenter une autre anecdote consacrée également au grammairien et lexicographe Al-Khalil b. Ahmad. Cette fois, le récit focalise sur une autre aptitude du grammairien.

    Les biographes, relatant presque tous le génie d’Al-Khalil et son intelligence  hors du commun, citent une autre anecdote qui célèbre sa capacité olfactive hors pair. Le narrateur Mohammad b. Al-Fadl raconte :

 


 

    Un guérisseur avait un excellent remède contre l’albugo. Lorsqu’il mourut, les patients ne savaient à qui s’adresser. Au comble du désespoir, ils décidèrent d’aller voir Al-Khalil, réputé alors pour ses qualités de discernement exceptionnel, et lui demandèrent :

- Ô vénéré Al-Khalil ! Nous ne pourrions plus supporter notre souffrance ! Aidez-nous ! Qu’Allah vous garde.

-  A-t-il laissé une formule ? leur répondit Al-Khalil, pris de compassion pour ces malheureux patients.

- Malheureusement non, dit l’un d’eux prostré.

- Bon. Avait-il un récipient dans lequel il préparait ses remèdes médicinaux ?

      On le lui apporta. Grâce à sa capacité de discrimination des odeurs qui se dégagent de ce récipient, il arriva à découvrir la formule qui se composait de quinze éléments.

 

 Anecdote 2


 

      L’anecdote met en relief des qualités de perception olfactive d’un produit thérapeutique constitué de plusieurs ingrédients. L’olfaction ou l’odorat, dont la fonction est sensorielle, deviendrait a priori avec Al-Khalil une technique pour l’analyse des substances chimiques volatiles qui entrent dans la composition d’un mélange médicinale. Doté, semble-t-il de l’hyperosmie ou capacité olfactive exceptionnelle, il est arrivé, par flairage ou voie directe, à associer des odeurs, quoique amalgamées, à des souvenirs obtenus au prix d’un travail sensoriel laborieux qu’aurait effectué Al-Khalil. Notons que le seuil de perception ou encore les cinq saveurs fondamentaux, selon des chercheurs dans le domine olfactif, se limite à salé, sucré, acide, amer et Umami. Dès lors, il ne serait plus question de compter sur des facultés usées, telles que la vue, l’ouïe, le toucher, qui sont eu égard des sens physiques. Mais le cerveau, proche du bulbe olfactif, offre d’autres zones de connaissance et de reconnaissance aussi importantes que celles du langage et de sa compréhension, de l‘observation directe et la sélection des compostantes d’un phénomène ou d’un objet d’étude.

       

       Les narines ou le fond de la gorge devraient être activées lors d’un apprentissage orienté vers l’acquisition et l’utilisation à bon escient de cette faculté, afin qu‘elle puisse remplir des fonctions qui leur sont inhérentes. C’est en effet dans la zone corticale préfrontale que l’odeur et le goût sont traités. L’odorat est le sens qui n’a pas été suffisamment développé dans les pratiques scientifiques bien que l’homme, dans sa vie courante, humer des millions d’odeurs sans être capable de les reconnaitre, d’apprécier et de classer selon une échelle de champ de préférence. Le stimulus est souvent éphémère, et le sens olfactif ne perçoit que les odeurs fortes, familières, inscrites généralement dans son àropre environnement. Il est incontestablement exposé tout le temps aux effluves diversifiés composés de molécules odorantes, que ce soit des senteurs, puanteurs ou parfums.

 

     En 1960, le Professeur Lipsitt démontre qu’il existe des capacités olfactives chez le nouveau-né et qu’il suffit de les développer par un apprentissage  approprié des odeurs. Les odeurs perçues alors qu’il n’était qu’un fœtus seraient, d’après ce chercheur, bien gravées dans son cerveau. Leur perception ne poserait pas beaucoup de problèmes pour les identifier une fois enfant. Lequel reconnaîtra d’abord l’odeur de sa mère, le goût du lait maternel, fait des grimaces lorsqu’une odeur désagréable est dans son champ de perception.  Déjà à son sixième mois, le fœtus perçoit des odeurs au même moment que commence à fonctionner son système auditif. Et pour que ce sens ne perde pas de sa vigueur, un suivi d’apprentissage s’avère indispensable. Actuellement, on assiste à la création d’écoles pour le développement des capacités olfactives. L’enfant, ayant atteint cinq ane, a la capacité de différenciations des odeurs. 

 

         ceci dit, cette  anecdote met donc l’éccent sur un champ de connaissance qui ne sera étudiée scientifiquement que vers la deuxième moitié du XXe siècle. Al-Khalil a toujours été un initiateur. En grammaire, réforme de l’écriture, poésie, lexicographie, etc. il est le premier à révolutionner tous ces domaines.

 A suivre…



03/10/2018
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